Ah! les « milléniaux »… mais qui sont-ils donc?

Chercher LA réponse à cette question, c’est comme courir après son ombre : elle se métamorphose et se défile devant ou derrière nous au gré de l’éclairage qu’on en fait.

génération y

En résumé

Tout d’abord, comme le résume le blogue du dictionnaire Oxford (en anglais), le sens générationnel de « millennial » remonte à 1991, où les historiens William Strauss et Neil Howe l’ont utilisé dans le livre Generations, en parlant des personnes qui deviendraient adultes au tournant du nouveau millénaire.

Cependant, comme le souligne le blogue So-Called Millennial, les définitions varient aujourd’hui au gré des tendances, pour inclure par exemple les personnes nées dans ces années :

  • (au plus tôt) 1977-1995;
  • (selon d’autres) 1982-2000;
  • (selon une définition élargie) 1982-2004.

Par ailleurs, d’après divers recoupements entre les usages, ces fourchettes d’années de naissance méritent aussi d’être soulignées :

Dites-vous que vous vous adressez avant tout à des individus… qui n’ont pas tous le même profil, peu importe la génération!

Bref, au gré des définitions, seules les personnes nées entre 1982 et 1992 font presque assurément partie des « milléniaux » (et incidemment de la génération Y), alors que les autres peuvent tour à tour être intégrées aux générations X, Y, Z ou alpha… sans oublier les « xéniaux » et la soi-disant « génération C »!

 

Dans l’usage

Les personnes qui ont atteint l’âge de la majorité autour des années 2000 font généralement partie de ce qu’on a appelé la « génération Y » (légèrement mieux située dans le temps, bien que les balises restent floues), donc beaucoup ont d’abord fait l’équation suivante :

Seulement voilà, depuis que nous sommes entrés dans le troisième millénaire (techniquement, en 2001), bien des enfants ont eu le temps de naître, alors on en vient à ne plus trop savoir si le terme « milléniaux » fait encore référence aux jeunes adultes… ou aux enfants des années 2000!

génération y

Pire encore, en cette année 2017, j’entends de moins en moins le terme préalablement établi de « génération Y » à la radio (du moins à Radio-Canada), et de plus en plus de termes indéfinis pour rendre le concept anglais de millennials (parfois aussi écrit à tort avec un seul « n » : millenials).

 

J’en ai entendu de toutes sortes, notamment :

  • millénial/milléniaux – traduction littérale (avec pluriel sur le même modèle que « cheval/chevaux »);
  • millénarial/millénariaux – terme recommandé par l’OQLF; apparemment pas très fréquent, mais entendu récemment à la première chaîne de Radio-Canada;
  • millénal/millénaux – sens officiel différent, mais proposé automatiquement par le correcteur Antidote (bien que la définition ne cadre pas);
  • millénaire(s) – rarement entendu, mais lu çà et là.

 

Reste que, dans l’usage entendu ces derniers temps, la traduction littérale (millénial/milléniaux) semble en passe de devenir le terme consacré… sans pour autant nous aider à savoir de quelles personnes on parle.

Par définition(s)

D’après les définitions qui semblent les mieux établies, les personnes concernées peuvent être :

Et selon le point de vue, les « milléniaux » peuvent correspondre à la seule génération Y, mais d’après le Réseau de veille en tourisme, ils combineraient à la fois les membres de la génération Y (« nés après 1980 ») et ceux de la génération Z (« nés après 1990 ou 1995, selon les sources »).

 

Or, lorsque vient le temps d’interpréter des données chiffrées, notons que Statique Canada définit les membres de la génération Y comme les « enfants des baby-boomers (1972 à 1992) » et a aussi sa propre interprétation de la « génération Z (1993 à 2011) ».

milléniaux

En revanche, dans un document de mai 2017 intitulé Pyramide des âges du Canada de 1871 et 2016 : 150 ans d’histoire démographique, Statistique Canada parle plus précisément des « personnes âgées [sic] de 15 à 34 ans en 2016, souvent appelées milléniaux » (c’est moi qui souligne)… ce qui situe les dates de naissance concernées de 1982 à 2001.

Autrement dit, d’après les données particulières de Statistique Canada[1], et en fonction des diverses définitions, le concept galvaudé de « milléniaux » (ou « millénariaux ») peut englober tour à tour :

  • environ le quart de la population (génération Y)

OU

  • environ la moitié de la population (générations Y+Z… avec ou sans les « alpha »)

 

C’est à peu près l’état de la situation au moment d’écrire ces lignes, mais gageons que les fourchettes d’âge (et les divisions générationnelles) continueront d’évoluer au gré des courants sociologiques… et d’autant plus dans le langage du marketing!

 

En conclusion

La prochaine fois que vous lirez une analyse parlant des « milléniaux », de la « génération Y » ou de la « génération Z » (que Statistique Canada appelle aussi la « génération Internet »), ne tenez surtout rien pour acquis, et vérifiez les sources!

 

Et méfiez-vous encore plus si vous lisez « génération alpha » (généralement située après la génération Z, mais parfois considérée comme synonyme), ou encore « génération C » (qui désigne soit les générations Y ou Z, voire alpha… soit à peu près toute personne branchée).

En somme, dites-vous que vous vous adressez avant tout à des individus… qui n’ont pas tous le même profil, peu importe la génération!

Plutôt que de chercher midi à quatorze heures (ou 2001 en 2017), mieux vaut commencer par vous demander ceci :

« Qu’est-ce qui caractérise mon public cible, et où puis-je le trouver? »

 

[1] Au regard de l’usage courant, les balises générationnelles de Statistique Canada semblent drôlement situées, mais selon la définition retenue, chacun a le loisir d’interpréter comme bon lui semble les données du dernier recensement pour le Canada et le Québec (2016).